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Comédienne, metteur en
scène, écrivain et scénariste,
Agnès Yobregat dévore les livres et les films
sur New York, sa ville préférée. Elle
est la bloggueuse du site leschroniquedagnes.com.
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AGNES LOVES NEW YORK
Un mercredi soir à l'Apollo Theater
Chaque mercredi soir, l'Apollo Theater invite des inconnus en
quête de gloire à monter sur scène. Agnès,
elle, est restée bien sagement assise dans l'assistance. Ambiance !
La voix monte, enfle, et, subitement, le moindre recoin du
théâtre est remplie d'une émotion indescriptible.
Depuis plus d'une heure que la Nuit des Amateurs a
débuté à l'Apollo Theater, une dizaine
d'artistes ont défilé et ils étaient tous
plutôt doués (je ne sais pas chanter, c'est le grand
drame de ma vie ! Du coup, les gens qui savent m'épatent !)
Rien à voir, cependant, avec la tornade qui vient de s'emparer
du micro. L'inconnue sur scène, en trois mesures, a tout
dévasté sur son passage. Et 1700 personnes se sont
levées d'un seul coup, portées par un souffle et une
interprétation magistrale !
En plein cur de Harlem, sur la 125ème rue, l'illustre
Apollo Theater perpétue une tradition débutée en
1934 : chaque mercredi soir, de janvier à octobre, la Nuit des
Amateurs offre un tremplin pour la célébrité
à des inconnus. Jeunes ou moins jeunes, standards du blues, de
la soul, du Rn'B ou compositions originales, tous ont droit à
quelques minutes pour convaincre et emporter l'adhésion du
public. Première étape, qui sait, à une longue
carrière...
Haut lieu de la musique noire américaine, l'Apollo Theater a
ainsi révélé au cours de son histoire, des
grands noms comme Ella Fitzgerald, Billie Holliday, Diana Ross,
Marvin Gaye, James Brown, Aretha Franklin ou encore Michael
Jackson...
C'est dire si l'enjeu et la pression sont de taille pour les
participants. D'autant plus qu'ici, c'est le public qui
décide. Vous êtes bons ? Alors, tout va bien : le public
vous applaudit et vous encourage. Par contre, vous êtes moins
bon ? Aïe ! On vous le fait savoir bruyamment et, à
partir de là, vous devriez peut-être
réfléchir à un autre choix de carrière.
C'est d'une cruauté... Tout de même !
Coups de genoux dans mon fauteuil
Parlez-en au pauvre jeune homme qui est en train de se faire
éjecter de scène. Pourtant, il est loin d'être
mauvais, mais peut-être ai-je l'oreille moins aiguisée
que celle du public de l'Apollo Theater. En plein milieu de sa
reprise version rap de "The Dock of the Bay", de Otis Redding, la
moitié de la salle s'est mise à siffler et à
huer. Oh, c'est rude ! N'exagérez pas, quand même. Ne se
produit pas à l'Apollo qui veut, même pour la Nuit des
Amateurs. Moi, par exemple, je ne pourrais pas ! (1 heure de
spectacle et je me sens prête à entonner un tube des
Supremes devant 1700 personnes... J'ai complètement perdue la
tête !) Non ! Ce n'est pas un karaoké géant ! Il
y a des auditions préalables et seuls les meilleurs sont
retenus.
Alors, rangez les tomates, ce garçon est peut-être un
tout petit peu moins bien que les autres, c'est tout... Je suis
désolée pour lui. D'autant plus que, d'après
moi, il est plus tétanisé par le trac que mauvais
chanteur. Mais la salle est impitoyable ! Derrière moi, un
type s'est levé et, en donnant des coups de genoux dans mon
fauteuil, lance des huées de toutes ses forces. Sur
scène, le malheureux achève sa chanson vaillamment et,
après un courageux salut, quitte les planches en emportant ce
qui restera certainement une des humiliations les plus cuisantes de
sa vie.
Une reprise de Beyoncé
Je n'ai pas le temps de m'appesantir sur les cruelles lois du
show-business qu'arrive une jeune femme rondelette, vêtue d'une
robe bleue. Elle s'empare du micro, laisse la musique démarrer
et, après une inspiration, se lance dans la reprise d'une
chanson de Beyoncé, et là... La vache !
(réflexion indigne de la critique musicale que je compte
devenir après ma soirée à l'Apollo Theater, mais
je ne trouve rien d'autre à dire !). Le Rn'B actuel n'est pas
ma tasse de thé. Souvent trop apprêté et trop
artificiel. Mais sûrement n'est-ce qu'une question
d'interprétation.
Parce que, sur scène, une digne descendante des plus grandes
interprètes de la soul music donne à une chanson Rn'B
contemporaine un peu quelconque une profondeur et une puissance
décoiffante ! Le public de l'Apollo Theater est
littéralement emporté par une voix grave, qui monte en
puissance au fur et à mesure jusqu'à exploser dans un
rugissement phénoménal ! Je suis soufflée ! J'ai
l'impression que les murs du théâtre viennent de
s'écrouler, qu'un ouragan a tout dévasté... Et
qu'une inconnue vient, en trois minutes, de tout simplifier, de tout
casser et de ramener la musique là où elle doit
être, à sa vraie place : au cur des
émotions du public !
Danyelle Page, c'est son nom, a gagné ce soir la nuit des
Amateurs. Et comme Aretha Franklin qui, bien avant elle, a
triomphé sur la scène de l'Apollo Theater avant de
démarrer sa carrière, je ne dirais qu'un mot :
R-E-S-P-E-C-T !
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