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Comédienne, metteur en
scène, écrivain et scénariste,
Agnès Yobregat dévore les livres et les films
sur New York, sa ville préférée. Elle
est la bloggueuse du site leschroniquedagnes.com.
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AGNES,
LOVES NEW YORK
Concert d'été...
Une légende pour bien commencer l'été : Gil
Scott-Heron inaugure en beauté les "Scènes
d'Été". De juin à septembre, concerts, danse et
théâtre envahissent les parcs pour une série de
manifestations gratuites.
Une petite scène, au cur de Rumsey Playfield, mais un
immense musicien ! Curieusement, Gil Scott-Heron est peu connu en
dehors des États-Unis. Pourtant... Poète, auteur,
musicien, il est un des artistes majeurs de la scène noire
américaine. Certains parlent de lui comme du "parrain de la
protest soul" ou encore comme du "précurseur du rap"...
Assise sur mon bout de pelouse en attendant que le concert
débute, légèrement assommée par le soleil
et la chaleur de l'après-midi, je ne me sens pas assez experte
sur le sujet pour avoir une opinion tranchée.
Jazz, funk...
Le concert commence et... j'ai juste envie de parler de musique !
Pas de mon agaçant voisin qui détaille le concert
à un ami à l'autre bout du fil ; pas de la foule
bigarrée qui m'entoure, donnant à cette esplanade des
airs de festival hippie ; juste de musique !
Et celle de Gil Scott-Heron vient du jazz ! Du jazz qui aurait
laissé sa porte ouverte pour permettre aux mots de venir
s'entremêler aux notes. Sur un rythme chaloupé, Gil
Scott-Heron parle/chante des choses graves et légères
à la fois. Graves parce que, au cours de sa longue
carrière, il a traversé la lutte pour les droits
civiques ; il s'est engagé politiquement et socialement et
qu'il a le don de tout transposer en paroles. Sans jamais se
départir d'une suprême élégance !
Petit à petit, sur scène, le débit
s'accélère. Le jazz glisse doucement, mais durement,
vers le funk. Tandis que je regarde l'artiste, pas si
âgé, mais avec un visage émacié,
marqué par des rides profondes qui lui donne
perpétuellement l'air de sourire, un étrange
phénomène se produit : mes pieds ressentent une
irrésistible envie de bouger, mes épaules entrent dans
la partie, ma tête balance de droite à gauche, mes mains
scandent le rythme... Danser ! Danser sur des histoires pas
toujours très drôles, alors, justement, dansons !
et soul..
Cheveux et barbe blanche, un long t-shirt à sa propre
effigie, Gil Scott-Heron parle... Et c'est tout un voyage ! Il fait
rire le public en plaisantant sur son passage en prison. Encore et
toujours l'art de parler de choses graves en restant léger...
Parfois, emportés par la brise qui souffle sur Central Park,
quelques mots m'échappent, mais cela n'a pas grande
importance... La voix éraillée me berce. Certains
morceaux se font plus lents, et bien que nous soyons au milieu de
l'après-midi, il suffit de fermer les yeux pour s'imaginer
dans la pénombre d'un club de jazz, en sous-sol, avec juste
assez de lumières tamisées pour apercevoir le contenu
de son verre...
Quand arrive ces morceaux là, les conversations se taisent et
c'est un miracle en équilibre que cette foule écoutant
quasi religieusement cet homme chanter avec toute son âme qu'il
prendra soin de nous. Même mon agaçant voisin a
raccroché son téléphone...
Du grand art, tout en douceur, en délicatesse et en
poésie. Et, même s'il n'y a rien de triste, loin de
là, parfois, les larmes montent aux yeux, tellement cette
musique touche un recoin très sensible de l'âme.
Par une chaude après-midi d'été, le temps d'un
concert, Gil Scott-Heron a invité qui le voulait à
s'assoir et à s'apaiser un instant. Une parenthèse
d'humanité !
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