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Comédienne, metteur en
scène, écrivain et scénariste,
Agnès Yobregat dévore les livres et les films
sur New York, sa ville préférée. Elle
est la bloggueuse du site leschroniquedagnes.com.
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AGNES,
LOVES NEW YORK
Dernier jour de beau temps...
Octobre... Déjà la nostalgie du soleil et de la
chaleur. Allons, bougeons ! Direction : Brooklyn pour le dernier
round d'honneur des beaux jours !
Prendre le métro, sortir de Manhattan, traverser l'Hudson,
descendre Brooklyn jusqu'à Stillwell Avenue... Rien que
ça donne l'impression de partir en voyage.
Dès la sortie du métro, l'immense parc d'attraction de
Coney Island s'étale le long de la mer. J'adore cet endroit
qui, malgré les rénovations récentes, garde
encore un côté vieillot et désuet. Il y a dans
l'air comme une odeur de dimanche d'enfance.
Il n'y a pas foule. Quelques touristes déambulent entre les
stands, déjà fermés jusqu'à la saison
prochaine. En longeant la plage quasi déserte, je passe devant
un manège de chevaux de bois décrépit. Une
affiche dans une vitrine vante le concours annuel du plus gros
mangeur de hot-dogs. Renonçant à m'inscrire à
cette compétition de haut vol, je poursuis mes
déambulations. Le doute s'installe : ce voyage à Coney
Island est-il vraiment une bonne idée ? Je commence à
me sentir nostalgique. Quelques attractions tournent au ralenti. Les
salles d'arcades ont quasiment toutes tirées leur rideau de
fer. Une poignée de boutiques étirent les vacances
jusqu'à la dernière limite. Et même si l'enseigne
lumineuse d'une baraque fait de la résistance, le parc
d'attraction Astroland a des allures de cirque qui plie bagages.
Même la grande roue est arrêtée...
Mais le Cyclone Roller Coaster marche encore ! Ce mythique Grand
huit, datant de 1927, fermera ses portes ce soir jusqu'en avril
prochain !
Le wagonnet se jette dans le vide
Qu'est-ce qui m'a pris ? L'ambiance " fin de saison "
sûrement... Toujours est-il que, sanglée dans mon petit
wagonnet, sursautant à chaque grincements des rails, je gravis
la vertigineuse pente jusqu'au sommet des montagnes russes.
Quelle mauvaise initiative ! Le wagonnet se jette dans le vide. Tout
mon corps se crispe. Je tombe, c'est affreux ! Juste avant de
m'écraser au sol, je remonte en flèche, couchée
sur le côté ! Mon estomac ?... Il est resté sur
la promenade ! Mon voisin pousse des cris enthousiastes : It's so
great ! Et bien moi, comment dire ?... Je ne profite pas !
Les mots ne franchissent pas mes lèvres. Mon cerveau,
bloqué, a déclaré forfait ! Deux secondes de
répit avant une nouvelle plongée dans l'abîme...
Une seule pensée : quand est-ce que ça s'arrête ?
Il faut que ça s'arrête ! Pourquoi donc suis-je
montée dans cette attraction qui brinqueballe de tous
côtés à la vitesse de la lumière, et qui,
j'en suis sûre, va d'ici peu avoir la mauvaise idée de
me mettre la tête à l'envers ?... Alors que j'aurais pu
aller à l'aquarium ! Le Cyclone Roller Coaster promet
excitation et fun. Je ne m'amuse pas du tout ! Je crois que je n'ai
pas respiré depuis trois minutes. Mâchoires
serrées, mains crispées, yeux fermés, je ne vois
rien, je n'entends rien...
Ma dernière pensée consciente est pour un film (le
cinéma, même en situation extrême...) Radio days,
de Woody Allen. Alors que mon voisin hurle de plus belle, j'ai la
vision fugace d'une famille, dans les années 30, l'oreille
collé à la radio écoutant Orson Welles faire
croire à toute l'Amérique qu'une invasion
extraterrestre a commencé... tandis que la Grand huit de Coney
Island passe juste sous la fenêtre...
Ça s'arrête enfin.... Surexcité, mon voisin de
wagonnet me demande ce que j'ai préféré. Moi
?... Les trois secondes en suspend tout en haut du Cyclone, quand la
plage de Brighton Beach s'étalait sous mes yeux...
Après, je ne me souviens de rien !
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