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Comédienne, metteur en
scène, écrivain et scénariste,
Agnès Yobregat dévore les livres et les films
sur New York, sa ville préférée. Elle
est la bloggueuse du site leschroniquedagnes.com.
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AGNES LOVES NEW YORK
La balade d’Holden
Jérôme Salinger,
l'auteur de " L'attrape-curs " s'est éteint le
27 janvier dernier. L'occasion d'une ballade dans Manhattan
sur les traces d'Holden Caulfield, le héros du livre.
"Où vont les canards de
Central Park en hiver, lorsque l'eau du lac est gelée
?..." La question obsède Holden Caulfield. Le New
York Times vient de publier une carte des errances de
l'adolescent de Salinger. Je vais chercher.
Holden débarque à Pennsylvania Station
après s'être fait renvoyer de l'école.
Moi aussi. Mais cette gare est trop vaste, trop de monde y
marche trop vite
Ce n'est pas le bon endroit pour
élucider le mystère des canards. Dehors, c'est
pire ! D'accord, je triche un peu avec cette ballade : je
n'ai pas 16 ans, je ne suis ni perdue, ni renvoyée
de l'école, néanmoins
Dehors, la 7th
Avenue me saute à la gorge. Et pas l'ombre d'un
canard, nulle part
Dans le taxi pour Greenwich Village, je prends très
à cur mon enquête et pose la question au
chauffeur. Ca ne le fait même pas sourire
J'aimerais bien trouver " Ernie's ", le club de jazz
où Holden échoue, mais il n'a jamais
existé. Je marche sur les traces d'un héros
imaginaire, errant de lieux fictifs en lieux fictifs, dans
un Manhattan disparu depuis soixante ans
Ca
n'empêche pas Greenwich Village d'être un coin
charmant, mais, je trouve plus de restaurants
végétariens que de clubs de jazz
Dans un bar, j'interroge le serveur. Il ne sait pas, il n'a
pas lu le livre. Par contre, mon voisin de comptoir a une
théorie intéressante : les canards de Central
Park (et tous les animaux de cette ville) sont des robots.
Quel animal pourrait survivre à Manhattan ?...
L'hiver, les canards/robots sont mis sur Off et
remisés jusqu'au printemps ! J'adore les bars
!...
"Interdit de s'assoir"
Sortant du Village, je remonte 41 blocs vers Grand
Central Terminal. Plus de 41 blocs, en vérité.
J'ai offert le plan du New York Times au paranoïaque de
Greenwich. J'avance sur mes souvenirs du roman et
Qu'est-ce que je fais dans Chelsea ?... Flatiron, Empire,
Madison
C'est trop loin ! J'ai perdu le chemin
d'Holden !
J'arrive enfin au Grand Central. J'adore cette gare et son
côté vintage. Holden y dépose ses
bagages à la consigne. Assise sur les marches, je
contemple le ballet des voyageurs. Un agent vient me prier
de me lever. Qu'est-ce que ça peut bien lui faire que
je sois assise ? Il m'indique une pancarte : "Il est
strictement interdit de s'assoir sur les marches !". Je ne
comprends toujours pas ce que ça peut bien lui faire
et tout, mais il reste inflexible ! Il ne répondra
à aucune question sur des canards tant que je ne me
serais pas levée ! Hé ! Je viens de marcher 41
blocs ! Il s'en moque et, méfiant, me suit des yeux
jusqu'à ce que je sorte.
Un peu dépitée, je ne sais plus trop où
aller, je ne sais plus ce que je cherche. Holden et moi,
nous naviguons dans les rues, aux hasards des souvenirs.
Broadway, la patinoire du Rockefeller Center, le Radio City
Music Hall. Les gens font la queue pour voir un spectacle.
Moi, je pense à Holden, qui n'aimait pas le
cinéma, mais qui y est quand même
entré
pour tuer le temps !
Quelques canards se
promènent
Un nouveau taxi m'amène vers un autre
lieu-fantôme : le Biltmore Hôtel. Bien
sûr, je pose la question des canards au chauffeur. Il
ne sourit pas plus que le premier
Sur Madison Avenue, le Biltmore Hôtel est devenue la
Bank Of America Plaza Building. Ici, Holden observait le
spectacle des filles aux jambes croisées, des filles
aux jambes non croisées, des filles aux jambes
terribles, des filles aux jambes moches
Il fait froid.
Les filles ne découvrent pas trop leurs jambes. C'est
la sortie des bureaux, les gens se ruent vers le
métro...
Subitement, j'en ai assez ! J'ai envie de rentrer à
la maison. Dans le taxi, le chauffeur sourit enfin à
ma question. Il ne sait pas où vont les canards
lorsque le lac est gelé. Il pense que le personnel du
parc s'en occupe et les met à l'abri dans une sorte
d'enclos
Alors me voilà, assise sur un banc, devant le lac de
Central Park. Il n'est pas gelé, malgré le
froid. Quelques canards s'y promènent. Pas beaucoup,
mais quelques-uns. C'est idiot, mais je m'inquiète
pour eux maintenant. Je vais attendre sur ce banc qu'un
employé arrive et les emmène à l'abri
pour la nuit.
Je me dis aussi que, si ça se trouve, quand le lac
est gelé, les canards de Central Park vont là
où Jérôme D. Salinger était parti
: se cacher dans une petite ville du New Hampshire, à
l'abri de tout, en espérant avoir la paix !
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