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Poète et parolier,
Philippe Latger
se passionne pour l'Histoire et l'architecture de
New York. Découvrez un extrait de son
recueil de poèmes, Mes états
d'Amérique, en
cliquant ici. Et d'autres poèmes sur son
blog
en
cliquant ici.
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LE CARNET DE PHILIPPE
Le pont de Brooklyn, chef-d'uvre et serial killer
Imaginé par un architecte qui n'aura jamais vu
l'inauguration de son chef-d'uvre, le Brooklyn Bridge a
autrefois fait figure de pont maudit. Retour sur l'Histoire
tourmentée du plus emblématique des pont new-yorkais.
Imaginez 21 éléphants sur le pont de Brooklyn. C'est
ce qu'a fait l'écrivain April Jones Prince dans un livre pour
enfants, s'inspirant d'une histoire authentique. 17 mai 1884 : le
célèbre Phineas T. Barnum fait en effet défiler
les éléphants de son cirque en une spectaculaire parade
qui, en plus de faire sensation, devait convaincre les New-yorkais de
la robustesse du monstre de granit et d'acier inauguré un an
plus tôt.
C'est que 14 années de construction eurent le temps
d'engendrer les rumeurs les plus folles comme les accidents les plus
tragiques. Une odeur de malédiction planait sur le pont, due
aux étranges décès d'ouvriers mais aussi du
concepteur du projet, John A. Roebling.
Des écluses aux ponts suspendus
Le philosophe Hegel en personne aurait conseillé à
son élève John A. Roebling d'émigrer aux
Etats-Unis. Ce qu'il fait en 1841 avec quelques compagnons pour
fonder en Pennsylvanie une communauté agraire. Mais
très vite, le diplômé de polytechnique allemand
se consacre aux travaux d'écluses, de digues et d'aqueducs
avant de construire les premiers grands ponts suspendus du continent.
Le pont de Cincinnati, notamment, (1866) sur l'Ohio, véritable
prototype du Brooklyn Bridge.
L'idée du pont de Brooklyn lui vient alors qu'il se trouve, un
hiver, coincé dans un bac qui tentait de traverser l'East
River au milieu des glaces. En cette saison, gagner l'autre rive
pouvait prendre des heures. Le trafic s'intensifiant sur le fleuve,
l'ingénieur décide qu'il est temps d'agir. Il
présente son projet dans le New York Tribune, et, après
dix ans de tergiversations, l'opinion comme les autorités
acceptent enfin l'idée d'un pont reliant Manhattan à
Brooklyn, tout de même la troisième ville des Etats-Unis
à l'époque.
Les caissons de la mort
Le 28 juin 1869, alors que Roebling détermine l'emplacement
d'un pylône du futur pont, son pied est accidentellement
écrasé par la passerelle d'embarcation d'un ferry. Il
succombe au tétanos, qui ne lui laisse même pas le temps
de voir le lancement des travaux de ce qui devait être le
chef-d'uvre de toute une vie. Et, ironie du destin, il en fut
la première victime. C'est son fils Washington qui le remplace
à la tête de l'entreprise.
Pour élever les deux piles géantes, sublimes portes
gothiques de Brooklyn et de Manhattan, il faut envoyer des ouvriers
au fond du fleuve, creuser des fondations à coups de pioche et
d'explosifs, grâce à la technique des caissons
pneumatiques. Beaucoup remontent trop vite, les yeux et les oreilles
en sang. Mal connu des plongeurs, les accidents de
décompression font de nombreuses victimes, à commencer
par Washington Roebling qui reste paralysé.
Cantonné chez lui dans un fauteuil roulant, suivant les
progrès à l'aide de jumelles, c'est son épouse,
Emily Warren Roebling, qui prend héroïquement le relais,
faisant face avec courage à l'univers macho du chantier pour
imposer les directives de son époux. Mais le mal des
profondeurs ne sera pas seul à provoquer des drames...
Panique à bord
Grâce à Emily, Washington achève l'uvre
de son père : le 23 mai 1883, en présence du
président Chester Arthur, 14 tonnes de feux d'artifice
crépitent enfin dans le ciel de New York pour une inauguration
en grande pompe. Le pont, dont les piles de 83 mètres dominent
encore les plus hauts bâtiments de la ville, s'illumine alors
de la nouvelle invention d'Edison : l'ampoule électrique. Et
150 000 personnes extatiques l'empruntent dès la
première journée.
Une semaine plus tard, le 30 mai, 20 000 personnes s'y trouvent
lorsque la chute d'une femme et la rumeur selon laquelle le pont va
s'effondrer provoquent ensemble un mouvement de panique qui fait 12
nouvelles victimes. On comprend alors que 21 éléphants
ne seront pas de trop pour vaincre la superstition.
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