Dans la peau d’Alice au pays des Merveilles

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Jusqu'au 26 avril, le MoMA rend hommage au cinéaste Tim Burton. L'occasion d'une petite visite... en tenue d'Alice au pays des Merveilles.

Agnès

Je me sens d’humeur primesautière. Je n’ai plus fait de blague depuis des années, mais pour fêter le 1er avril, voici enfin l’occasion de m’y remettre. Le MoMA, jusqu’au 26 Avril, rend hommage au cinéaste Tim Burton. Alors que son adaptation d’Alice au pays des Merveilles est actuellement sur tous les écrans, le musée expose plusieurs centaines de dessins, maquettes, photographies, storyboards et marionnettes pour une rétrospective de l’œuvre du réalisateur.
Vêtue en Alice au pays des Merveilles, tablier blanc sur belle robe bleue, chaussures vernies et cheveux blonds bien lissés retenus par un ruban, je me présente à l’accueil du musée, m’enquérant de la présence du réalisateur.
Derrière son guichet, la jeune fille, pouffe de rire en découvrant mon accoutrement, tandis qu’un groupe de touristes me montrent du doigt en sortant leurs appareils photos.
Ma plaisanterie démarre plutôt bien (entre vous et moi, j’ai crains, un bref instant, d’être plus ridicule qu’autre chose…). Cependant, quelle déception : Tim Burton n’est pas là ! Je m’en doutais un peu, mais Alice est déçue. Néanmoins, j’emprunte les escalators pour me rendre dans les galeries dédiées à l’exposition.
Reconnaissable entre mille, mon personnage s’attire d’emblée la sympathie des visiteurs. Comble de l’auto-satisfaction, une femme m’accoste à l’entrée de la première salle et me demande si je fais partie de l’équipe du film… Elle ne croit pas m’avoir reconnu à l’écran. Et pour cause, madame…

Corps minuscules et têtes démesurées

Nimbée d’une certaine aura, je me permets d’ignorer ostensiblement les sourcils levés des agents de sécurité et, telle la véritable Alice, je plonge, la tête la première, dans un univers fantastique, d’une poésie sombre et cruelle, et d’une beauté fulgurante.
Tim Burton aime le noir et blanc. D’étranges personnages fantomatiques et squelettiques courent sur les murs du MoMA. Corps minuscules et têtes démesurées. Les croquis ne sont pas jolis. Ils sont étrangement beaux. Certainement parce que, sous le trait nerveux et griffonné, derrière une ambiance gothique quasi suffocante, perce toujours un humour délicat et une tendresse infinie. Telles ces illustrations de  » La triste fin du petit enfant huitre « , où un enfant-monstre déambule, perdu, dans un univers absurde.
Mon Alice, toute ravissante qu’elle soit, m’apparait soudain un peu fade. Elle fait toujours la joie des visiteurs, mais ma robe est soudain trop bleue, mes cheveux trop blonds, mon tablier trop blanc… Tout cela est un peu trop lisse, à vrai dire… Car, aucun des personnages sortis de l’imagination de ce réalisateur prolifique n’est lisse. Tim Burton excelle dans l’art d’exposer l’envers du décor. Chaque dessins, chaque extraits de film, chaque photographies explorent avec minutie les tréfonds de l’être humain. L’humanité se cache toujours sous une épaisse couche de noirceur.
Alice tombait sans fin dans un terrier. La mienne ressent le même vertige, transportée dans un tourbillon visuel magistral. Sur un écran,Edward aux mains d’argent agite les ciseaux qui lui tiennent lieu de mains. Son visage blafard, effrayant d’absurdité, se tord avant de s’affaisser. Il semble au bord des larmes, mais qui se risquerait à le serrer dans ses bras pour le réconforter ?…
Un petit garçon croise mon regard et sourit timidement. Soudain, mon innocente petite plaisanterie prend une autre tournure. Je me sens plus si lisse. Je ne me sens même plus déguisée… Je me sens juste comme une toute petite fille se demandant par quel étrange miracle elle a pu atterrir dans ce monde sens dessus-dessous, effrayée, mais impatiente de découvrir ce qui se cache dans le recoin, tout au bout du couloir…

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