Concert d’été…

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Une légende pour bien commencer l'été : Gil Scott-Heron inaugure en beauté les "Scènes d'Été". De juin à septembre, concerts, danse et théâtre envahissent les parcs pour une série de manifestations gratuites.

Une petite scène, au cœur de Rumsey Playfield, mais un immense musicien ! Curieusement, Gil Scott-Heron est peu connu en dehors des États-Unis. Pourtant… Poète, auteur, musicien, il est un des artistes majeurs de la scène noire américaine. Certains parlent de lui comme du « parrain de la protest soul » ou encore comme du « précurseur du rap »… Assise sur mon bout de pelouse en attendant que le concert débute, légèrement assommée par le soleil et la chaleur de l’après-midi, je ne me sens pas assez experte sur le sujet pour avoir une opinion tranchée.

Jazz, funk…

Le concert commence et… j’ai juste envie de parler de musique ! Pas de mon agaçant voisin qui détaille le concert à un ami à l’autre bout du fil ; pas de la foule bigarrée qui m’entoure, donnant à cette esplanade des airs de festival hippie ; juste de musique !
Et celle de Gil Scott-Heron vient du jazz ! Du jazz qui aurait laissé sa porte ouverte pour permettre aux mots de venir s’entremêler aux notes. Sur un rythme chaloupé, Gil Scott-Heron parle/chante des choses graves et légères à la fois. Graves parce que, au cours de sa longue carrière, il a traversé la lutte pour les droits civiques ; il s’est engagé politiquement et socialement et qu’il a le don de tout transposer en paroles. Sans jamais se départir d’une suprême élégance !
Petit à petit, sur scène, le débit s’accélère. Le jazz glisse doucement, mais durement, vers le funk. Tandis que je regarde l’artiste, pas si âgé, mais avec un visage émacié, marqué par des rides profondes qui lui donne perpétuellement l’air de sourire, un étrange phénomène se produit : mes pieds ressentent une irrésistible envie de bouger, mes épaules entrent dans la partie, ma tête balance de droite à gauche, mes mains scandent le rythme… Danser ! Danser sur des histoires pas toujours très drôles, alors, justement, dansons !

et soul..

Cheveux et barbe blanche, un long t-shirt à sa propre effigie, Gil Scott-Heron parle… Et c’est tout un voyage ! Il fait rire le public en plaisantant sur son passage en prison. Encore et toujours l’art de parler de choses graves en restant léger… Parfois, emportés par la brise qui souffle sur Central Park, quelques mots m’échappent, mais cela n’a pas grande importance… La voix éraillée me berce. Certains morceaux se font plus lents, et bien que nous soyons au milieu de l’après-midi, il suffit de fermer les yeux pour s’imaginer dans la pénombre d’un club de jazz, en sous-sol, avec juste assez de lumières tamisées pour apercevoir le contenu de son verre…
Quand arrive ces morceaux là, les conversations se taisent et c’est un miracle en équilibre que cette foule écoutant quasi religieusement cet homme chanter avec toute son âme qu’il prendra soin de nous. Même mon agaçant voisin a raccroché son téléphone…
Du grand art, tout en douceur, en délicatesse et en poésie. Et, même s’il n’y a rien de triste, loin de là, parfois, les larmes montent aux yeux, tellement cette musique touche un recoin très sensible de l’âme.
Par une chaude après-midi d’été, le temps d’un concert, Gil Scott-Heron a invité qui le voulait à s’assoir et à s’apaiser un instant. Une parenthèse d’humanité !

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