Pique-nique improvisé

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Soleil de plomb, chaleur écrasante... Quand le soir arrive enfin, rien de tel qu'un pique-nique...

Agnès

Manhattan, une journée particulièrement chaude du mois d’août… Impossible de faire quoi que ce soit depuis ce matin, excepté attendre la soirée en s’agitant le moins possible… La ville toute entière paraît tourner au ralenti (ou, peut-être, est-ce seulement moi…). Puis, le soir arrive, amenant l’illusion d’un air enfin plus respirable et, subitement, tout le monde semble se réveiller en même temps. Il s’agit de rattraper le temps perdu ! C’est l’été, les vacances, New York est une des villes les plus excitantes du monde, que faisons-nous ce soir ?… L’idée d’un pique-nique citadin ne tarde pas à s’imposer.
Dès que l’on parle pique-nique, les regards se tournent spontanément vers Central Park et ses pelouses attrayantes. Mais Central Park paraît si loin ! A la pensée de transporter un panier de sandwiches dans le métro, la motivation retombe. Qu’à cela ne tienne ! Le pique-nique aura bien lieu ! « At home » !

La tentation était trop forte !

J’ai un faible pour le Lower East Side ! Pour son histoire. Pour certaines rues qui gardent encore la trace d’un passé populaire (au 19ème siècle, la plupart des nouveaux immigrants venaient s’entasser dans ce quartier). Et, surtout, j’ai un faible, pour les immeubles anciens aux façades striées d’échelles de secours.
Au 4ème étage d’un de ces vieux immeubles, sur Norfolk Street, les tagliatelles aux asperges sont prêtes et le vin blanc est frais comme il se doit. La fenêtre donnant sur la rue s’ouvre et, après quelques prudentes contorsions, nous prenons place sur l’échelle de secours.
Que les choses soient claires : pique-niquer sur une échelle de secours n’est PAS DU TOUT une activité encouragée par les autorités ! Ça se comprend ! Ne serait-ce que parce que dans une ville comme New York, il y a des milliers de choses formidables, légales et pas du tout dangereuses à faire ! Que dire pour la défense d’une telle initiative ?… La tentation était trop forte ! Bravant les interdits, avec mille précautions, j’appuie mon dos contre l’échelle ; un autre s’installe confortablement en tailleur sur la plate-forme ; un troisième investit le rebord de la fenêtre. Mon assiette fermement arrimée sur mes genoux, je ne bouge plus ! Promis !…
Le soleil se couche doucement sur Norfolk Street. L’air s’allège. Avec un peu de chance, une légère brise pourrait même se mettre à souffler. En bas de l’immeuble, la circulation s’est estompée. Sur le trottoir d’en face, une boutique vintage/salon de thé a sorti deux minuscules tables. Quelques éclats de rire et une conversation étouffée montent vers nous. Un peu plus loin dans la rue, trois jeunes gens, penchés sur le moteur d’une voiture, discutent ferme en espagnol sur l’origine de la panne. Apparemment, les avis divergent.

Al Pacino ou Robert de Niro

Le Lower East Side a, parfois, l’étrange pouvoir de réveiller une atmosphère nostalgique. Du haut de mon échelle, des images d’un New York d’une autre époque, véhiculées par une poignée de films de légende, me reviennent en mémoire. Des films avec Al Pacino ou Robert de Niro… Des films où il y avait toujours des gens assis sur les marches à l’entrée des immeubles. Où le soir venu, quelques personnes âgées prenaient le frais en papotant sur les trottoirs… En fermant les yeux, je pourrais presque entendre les cris des enfants courant dans les geysers des bornes d’incendie.
On ne doit pas pique-niquer sur les échelles de secours. Je n’en prendrais pas l’habitude, mais pour ce soir, exceptionnellement, je savoure…

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