La traversée du pont de Brooklyn

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Pour relier Manhattan à Brooklyn, la ligne droite la plus courte passe par le pont de Brooklyn. 1825 mètres de trajet qui constituent aussi un fabuleux voyage.

Agnès

Une demi-heure de marche et à peine 250 mètres de franchis. J’avais pourtant un rendez-vous de l’autre côté, mais je viens d’appeler pour prévenir que j’aurais certainement du retard… Voire, que je n’arriverais pas.
Chaque fois, c’est la même histoire : je m’engage normalement sur le pont de Brooklyn, juste pour traverser, je fais à peine quelques pas, et j’oublie tout. Les rendez-vous, le temps qui file, la distance à parcourir… Au bout de quelques mètres, je ne marche plus, je flâne, totalement indifférente aux joggers, cyclistes et autres piétons qui ne semblent considérer ce pont que comme un moyen pratique et rapide de se rendre d’un côté comme de l’autre.
La traversée du pont de Brooklyn est un voyage fascinant d’à peine 1825 mètres, mais qui peut prendre un certain temps. Mon record est de 4 heures ! Peut-être vais-je le battre aujourd’hui, qui sait ?… Cette pensée me traverse l’esprit, alors que je m’arrête et me retourne une première fois pour considérer le chemin parcouru. D’un seul coup d’œil, j’embrasse tout le Sud de Manhattan. La silhouette de la mairie se dessine très nettement sur ma droite. Je ne les vois plus, mais je sais que les rues de Chinatown serpentent juste à côté. Sur la gauche, les sommets des buildings des institutions financières se découpent dans le ciel.

Pose photo

Sous mes pieds, les voitures font cette traversée en un claquement de doigts. Je les entends à peine. Il a fallut 14 ans de travaux titanesques pour que Brooklyn soit relié à Manhattan. Alors, finalement, 4 heures de traversée, ce n’est pas grand chose…
A ma première traversée du Brooklyn Bridge, j’ai bien cru ne jamais arriver de l’autre côté. Où que les yeux se tournent, la vision est spectaculaire. Manhattan, bien sûr, mais également Brooklyn qui se profile là-bas, tout au bout du pont. Et puis, il y a ces arches gothiques gigantesques…
Arrivée à la première, je fais une pose. Un jeune couple me demande de les prendre en photo, sur fond de skyline. Je les reconnais. Ils se sont engagés sur le pont en même temps que moi, d’un pas alerte, mais, maintenant, ils ne sont pas près d’arriver de l’autre côté… Un petit clic et ils repartent, nonchalants, s’arrêtant quelques mètres plus loin pour reprendre une nouvelle fois, quasiment la même photo. Et ce sera comme ça jusqu’au bout. Quant ils débarqueront enfin à Brooklyn, ils auront entre 60 et 80 photos du pont, des buildings, de la vue, de l’East River, des arches, des câbles… Je le sais : depuis le temps, j’en ai environ 850 !… Il faut que j’arrête de prendre mon appareil photo quand je viens ici…

Des éléphants sur le pont

Un cycliste semble lui aussi avoir été happé par le mastodonte géant qui enjambe le fleuve. Il m’a dépassé allégrement il y a 3/4 d’heure, et je le retrouve maintenant au milieu du pont, ayant visiblement abandonné toute idée de performance sportive personnelle. Il a mis pied à terre et avance très doucement, poussant son vélo, allant même jusqu’à s’appuyer contre la rambarde, les yeux perdus dans le panorama.
Au-dessus de ma tête, les centaines de câbles d’acier, tels des haubans, tissent une gigantesque toile d’araignée. En me penchant un peu par dessus la passerelle, je contemple le défilé incessant des voitures. En 1884, un an après l’inauguration du pont, pour prouver à tous la solidité de l’ouvrage (et, au passage, s’offrir une bonne tranche de publicité spectaculaire…) Monsieur Barnum y a fait défiler les 21 éléphants de son cirque. Des éléphants sur le pont de Brooklyn…. J’aurais bien aimé voir ça !…
Je ne suis jamais allée à mon rendez-vous. Je me suis assise sur un banc sous le pont de Brooklyn. J’aime croire que c’était le même banc que celui qui figure sur l’affiche de Manhattan de Woody Allen. Et j’ai attendu que le soir tombe. Petit à petit, de l’autre côté de l’East River, les building se sont allumés. Les pieds du Brooklyn Bridge, si imposants, se sont progressivement fondus dans la pénombre. Au-dessus de la passerelle, la toile d’araignée des câbles d’acier s’est transformée en une gigantesque guirlande lumineuse. Et le pont de Brooklyn s’est mis à flotter dans les airs, au-dessus de l’East River. Vivement la nuit, que je refasse le chemin en sens inverse… à pied !

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