L’art du fooding

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Toujours à l'affût des dernières tendances new-yorkaises, Agnès a suivi son voisin pour un cours de cuisine un peu particulier : mettez-vous à table et découvrez le fooding !

Agnès

Mon voisin le Hipster, jamais à court de bonnes idées, m’a traîné à un cours de cuisine. De prime abord, je n’étais pas très emballée. J’aime les bonnes tables mais je cuisine peu, toujours moins bien que quelqu’un dont c’est le métier, et mes plats ne ressemblent jamais aux photos des recettes. A la longue, c’est décourageant ! J’ai donc essayé de me défiler, en vain. Il faut dire que l’enthousiasme quasi illimité de mon voisin pour tout ce qui est tendance connaît un pic durant la période des fêtes ! Et la tendance en ce moment, c’est le « fooding », mot né de l’amalgame entre « food » (la nourriture) et « feeling » (les sentiments), où L’art de bien manger et d’en être ravi ! Enfin, si j’ai bien compris le concept… Qui pourrait résister à de telles promesses ? D’autant plus que cette année, le Hipster avait de grandes ambitions pour le réveillon : un dîner gastronomique digne des plus grandes tables et il comptait sur moi pour l’aider à épater ses très exigeants amis branchés.

Ceviche de saumon aux mangues

J’ai adoré le cours de cuisine, mais je suis au regret d’annoncer que je n’ai été d’aucune aide dans la confection du dîner du Nouvel An.Tout avait pourtant bien commencé, avec un cours sur le thème du « Dîner de fête » et portant sur la préparation d’un menu complet : ceviche de saumon aux mangues, noix de Saint-Jacques flambées, accompagnées d’un risotto aux champignons, et tiramisu orange-chocolat ! Le tout préparé en 2h30 !
Sanglés dans des tabliers immaculés, amalgamés autour de l’îlot central, une bonne vingtaine de participants observaient attentivement un chef cuisinier-instructeur expliquer la bonne méthode (c’est-à-dire : sans se couper une phalange) pour débiter un saumon en cubes. Tenant à débuter 2013 en possession de mes 10 doigts, je me suis appliquée. Les choses ont commencé à se gâter juste après. J’ai voulu interpréter la recette du ceviche aux mangues et, apparemment, il ne fallait pas. Que voulez-vous : je ne suis pas fan du sucré-salé. Essayez donc d’annoncer cela à 20 personnes au top de la branchitude foodistique, armées de grands couteaux et vous aurez un aperçu du moment d’extrême solitude qui a suivi… Visiblement, le sucré-salé est le Saint-Graal de la gastronomie actuelle. Même le Hipster avait l’air gêné pour moi. Vexée, j’ai donc fait mariner mon saumon dans du jus de citron en grignotant la moitié de ma mangue et en observant ma voisine prendre des notes frénétiques sur un petit carnet. Ensuite, je ne sais pas ce qui s’est passé avec mon risotto. Il me semblait pourtant qu’il partait bien. Ne voulant pas embarrasser le Hispster (il avait visiblement fait jouer ses contacts pour nous avoir des places dans ce cours très prisé…), j’ai versé le bouillon, comme le cuisinier-instructeur nous le montrait et puis… j’ai discuté deux minutes avec un monsieur qui m’avouait qu’il était las de faire la queue dans les meilleurs restaurants et qu’il avait donc décidé de transformer son petit deux pièces en table gastronomique pour lui et ses amis. Quand je suis revenue à mon risotto, il était pâteux, gluant avec des morceaux de champignons flottant à la surface du bouillon. C’est à ce moment-là que le Hipster a fait semblant de ne plus me connaître.

Carnet de notes

Les choses se sont améliorées avec les noix de Saint-Jacques. Vingt novices munis de minis-chalumeaux peuvent être très divertissants. Ma voisine a manqué de se roussir les sourcils. Après mon impair sur le sucré-salé, je n’allais pas me faire plus remarquer, mais l’envie m’a démangé de m’emparer de son carnet de notes et d’y rajouter en lettres capitales : « PAS TROP PRES' » !
Quand à mon tiramisu, de mon point de vue, il était parfait ! Et même, si comme me l’a fait remarquer le Hipster en catimini : on n’est pas ici pour finir les fonds de casserole à la petite cuillère !, c’est la partie du cours que j’ai préféré.
Finalement, le dîner du passage à l’an 2013 de mon voisin le Hipster était à tomber ! Vraiment ! Quant à moi, j’ai eu le droit de décorer la table et je m’en suis très bien sortie ! Très bonne année à tous !

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