La presse écrite dans la Skyline

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De l'installation du New York Times dans son nouveau quartier général en 2007 à la fondation de la New York Gazette en 1725, remontez le temps à la découverte de la presse new-yorkaise.

Poète et parolier, Philippe Latger se passionne pour l'Histoire et l'architecture de New York. Découvrez un extrait de son recueil de poèmes, Mes états d'Amérique, en cliquant ici. Et d'autres poèmes sur son blog http://casa-latger.over-blog.com/

Times Square a bien été baptisé ainsi en l’honneur du New York Times. Le journal y installa son siège en 1904. Songez à la portée du symbole culturel qu’est devenu le quotidien new-yorkais, lorsque la place la plus populaire et la plus touristique de la ville porte son nom ! Le siège du journal de référence a depuis changé d’adresse quelquefois, avant de s’introniser en 2007 dans la nouvelle tour signée Renzo Piano, dominant la 8ème avenue. Même si hypothéquée à peine inaugurée, pour contenir notamment les difficultés que connaît toute la presse face à internet, le building de 319 mètres, le troisième plus haut de Manhattan pour l’instant, montre la puissance et le rayonnement du groupe de presse, comme la place cruciale que le journalisme a su prendre dans l’Histoire de New York.
Il est émouvant de voir que la nature des New-yorkais était déjà bien trempée à l’époque révolutionnaire. Imposé par Londres, le Stamp Act de 1765 qui provoqua la colère des Colons d’Amérique, véritable détonateur de la guerre d’Indépendance, fut particulièrement mal vécu à New York. Parmi toutes les nouvelles taxes, deux furent intolérables : le timbre sur les cartes à jouer, et celui sur la presse écrite, révélant les centres d’intérêt plus ou moins louables de la population. La presse avait déjà une place de choix dans la vie publique de la cité coloniale.

De la New York Gazette au New York Times

New York était encore anglaise lorsque l’éditeur William Bradford fonda le premier journal de la ville en 1725, The New York Gazette, voix officielle du gouvernement. L’Histoire de la presse à Manhattan commence véritablement 8 ans plus tard, lorsqu’un certain John Peter Zenger fonde un concurrent, The New York Weekly Journal en 1733, dans lequel ce dernier ne manque pas de moquer le Gouverneur. Zenger fut arrêté et emprisonné. Et c’est sous la pression de l’opinion qu’un procès sera finalement ouvert.
Un procès qui fera date. Et jurisprudence ! Défendu par Andrew Hamilton, Zenger ne sera pas acquitté par les juges, mais par le jury ! S’il montre les vertus démocratiques de la justice de l’époque, le procès révèle l’attachement de la population à la liberté d’expression. Cette dernière est depuis scrupuleusement défendue dans le premier amendement – rédigé en 1789 et ratifié en 1791 – de la constitution américaine, qui sacralise au passage, noir sur blanc, la liberté de la presse.
Ainsi New York fut dès l’origine, la capitale américaine du journalisme et de l’édition. Au cours du XIXème siècle, le Sun apparut en 1833, le New York Herald en 1835, le New York Tribune en 1841. Le vénérable New York Times en 1851. Un premier journal afro-américain, le Freedom’s Journal parut en 1827, bien avant l’emblématique hebdomadaire « noir » Amsterdam News qui ne vit le jour qu’en 1909. A la fin du XIXème, la ville comptait plus de cinquante quotidiens. Dans toutes les langues. Comme l’atteste le Forverts (1897) publié en yiddish, qui, avant El Diario, porte-parole de la communauté hispanique, présage du rôle de la presse dans l’intégration des immigrants arrivant en masse dans la métropole multiculturelle.

Pulitzer contre Hearst

Fondé en 1860, le New York World a du mal à exister dans une concurrence déjà féroce. Jusqu’à l’arrivée providentielle d’un certain Joseph Pulitzer, qui en fera une publication de premier plan, au point – et ce fut une première – de construire un building pour son propre journal, hissant la presse au niveau d’autres activités commerciales et industrielles. Le New York World Building fut le plus haut bâtiment de New York à sa construction en 1890, malheureusement détruit en 1955 pour la construction d’un nouvel échangeur routier du Brooklyn Bridge.
Le fondateur du fameux Prix, récompensant toujours les meilleurs travaux journalistiques, trouva en William Randolph Hearst un sérieux concurrent, lorsque ce dernier acquit le New York Journal en 1896. Inspirateur d’Orson Welles, le réalisateur de Citizen Kane, Hearst fut co-responsable avec son rival de l’apparition d’une presse à sensation, toujours de mise aujourd’hui.
La très belle Hearst Tower signée Norman Foster fut hissée en 2006 sur le siège Art Déco du groupe, dont la construction d’origine fut stoppée net par la crise de 1929. Ce complément moderne, à l’instar du nouveau siège du New York Times, montre dans la skyline new-yorkaise, et ce malgré la crise liée aux nouveaux supports, l’intacte vitalité et l’incontournable empreinte culturelle de la presse écrite sur Manhattan.

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