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Poète et parolier,
Philippe Latger
se passionne pour l'Histoire et l'architecture de
New York. Découvrez un extrait de son
recueil de poèmes, Mes états
d'Amérique, en
cliquant ici. Et d'autres poèmes sur son
blog
en
cliquant ici.
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LE CARNET DE PHILIPPE
Twin Towers : le syndrome de Babel
Imaginées par l'architecte américano-japonais Minoru
Yamasaki, les tours jumelles du World Trade Center furent
pendant 30 ans les plus hautes tours de Manhattan. Retour sur la
genèse d'un projet pharaonique.
Dépassées aussitôt par la Sears Tower de
Chicago, les tours du World Trade Center ne sont pas restées
longtemps les plus hautes du monde. Mais pendant trente ans,
postées en proue de l'île de Manhattan, les jumelles
babyloniennes semblaient incarner les colonnes d'Hercule, portes du
Nouveau Monde, "Golden door" accueillant les immigrants dans la baie
de New York, avec autant de portée symbolique que la Statue de
la Liberté.
C'est leur force qui leur fut fatale. Si elles ont
impressionné l'imagination collective, en cette fin de
siècle, réveillé l'exaltation jusqu'à
l'irrationnel, avec un destin digne des pires épisodes
bibliques, elles étaient d'abord le produit d'une
géniale innovation qui permit de gagner de la hauteur en
allégeant considérablement leur poids. Et c'est cette
innovation structurelle, précisément, qui fut leur
talon d'Achille.
Un architecte fan du Corbusier
Minoru Yamasaki, américano-japonais, étudiant en
architecture des universités de Washington et de New York,
travailla d'abord dans le cabinet de Shreve, Lamb et Harmon, les
concepteurs de l'Empire State Building, sans savoir qu'il
rivaliserait bientôt avec ses maîtres. L'enfant de
Seattle, fan inconditionnel de Mies van der Rohe et Le Corbusier, fit
sa réputation avec des uvres saluées par la
critique parmi lesquelles l'aéroport de Saint Louis. C'est
à lui que l'on confia la tâche de revitaliser la pointe
sud de Manhattan, lorsqu'au cours des années 60, alors que la
région New York-New Jersey déclinait comme centre de
commerce et de trafic maritime au profit de Houston et de la Nouvelle
Orléans, New York avait le besoin urgent d'un projet
spectaculaire pour reprendre la main. Les travaux pharaoniques furent
lancés dès 1966 pour s'achever en 1971.
Deux colosses aux pieds d'argile
Hautes de 110 étages chacune et culminant à 413 et 417
mètres, les façades avaient exigé 20 000 m²
de verre pour l'ensemble, avec plus de 43 000 fenêtres
plutôt étroites (56 cm de large), prises dans des
fuseaux particulièrement denses de colonnes porteuses. Si le
cur d'une tour supportait, avec son réseau de
communication et d'ascenseurs, 60% de la charge statique, le reste
reposait sur les seules façades.
Simple, efficace, économique, rapide à monter,
l'ensemble était très léger pour son volume,
malgré les 200 000 tonnes d'acier exigées pour
l'ouvrage. Les Twins étaient donc deux cages vides, capables
de résister aux poussées diverses sans
transférer les contraintes au centre de la structure, mais en
les répartissant sur l'ensemble de l'enveloppe
extérieure. Prévues pour résister aux agents
atmosphériques, aux tremblements de terre, comme aux chocs
accidentels - un bombardier s'était écrasé
déjà dans l'Empire State Building en 1945, un avion
avait percuté la tour Art Déco du 40 Wall Street
l'année suivante - les tours n'ont pu résister à
la chaleur dégagée par la combustion de 75 700 litres
de kérosène déversées dans chacune
d'elles.
Entre confiance et conquête
Portes de l'Amérique et phares de New York, les tours ont
inspiré le meilleur comme le pire. Leur arrogance
insupportable pour les uns, leur laideur ou leur vacuité pour
les autres, déchaînèrent critiques et
polémiques innombrables, dès les expropriations en
masse du quartier vétuste de Radio Row qui allait être
rasé pour l'excavation nécessaire au chantier.
Leur architecte avait défendu son projet : "le World Trade
Center doit devenir la vivante représentation de la foi en
l'homme, en l'humanité, de son besoin de dignité
individuelle, de sa confiance en la coopération et, à
travers cela, de sa capacité à trouver la grandeur".
Minoru Yamasaki s'est éteint en 1986. 15 ans avant son
uvre.
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