McKim, Mead & White, entre Beaux-Arts et tabloïds

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Architectes incontournables au début du 20ème siècle, Charles McKim, William Mead et Stanford White ont signé de nombreux bâtiments publics majeurs à New York. Retour sur leurs principales créations.

Poète et parolier, Philippe Latger se passionne pour l'Histoire et l'architecture de New York. Découvrez un extrait de son recueil de poèmes, Mes états d'Amérique, en cliquant ici. Et d'autres poèmes sur son blog http://casa-latger.over-blog.com/

En 1906, Harry Thaw, héritier d’une vague fortune minière de Pittsburg va devenir célèbre. Sur l’un des toits du Madison Square Garden, lors d’une réception dont la bonne société new-yorkaise de l’époque a le secret, il gâche la fête en tirant froidement, devant 100 convives, sur l’architecte le plus prolifique et influent de Manhattan, Stanford White.
Aux côtés de Charles McKim et William Mead, Stanford White était l’un des fondateurs du cabinet le plus sollicité du moment pour donner à New York, à l’aube du 20ème siècle, tous les attributs d’une capitale capable de rivaliser avec les plus prestigieuses villes européennes. Face au campanile vénitien du Metropolitan Life par exemple, les virtuoses McKim, Mead & White avaient érigé le premier Madison Square Garden et son clocher baroque qui était une copie assumée de la Giralda de Séville.

Pennsylvania Station, la plus grande gare du monde

La fameuse salle sera détruite, puis reconstruite dans les années 60 sous la forme du tambour aveugle où se déroulent autant de concerts que de combats de boxe, sur la 7th Avenue, précisément à la place d’un autre chef d’œuvre de ce même cabinet : la Pennsylvania Station (1905/1910), la plus grande gare du monde, qui ne survécut que 50 ans aux mutations enfiévrées de la ville.
Sa salle des pas perdus, aux dimensions dignes de Saint-Pierre de Rome, était un hall monumental qui s’inspirait des thermes de Caracalla, décorée d’anges, de caryatides et de hautes voûtes à caissons, lorsqu’en façade, le bâtiment néo-classique offrait d’harmonieuses colonnades doriques flanquées d’aigles dont il reste deux exemplaires, esseulés, que l’on peut toujours voir aujourd’hui exposés sur le même trottoir comme vestiges d’une splendeur révolue.
La destruction de la gare en 1963 souleva une telle émotion que l’on instaura deux ans plus tard la Landmark Preservation Commission, qui a depuis pour mission de protéger le patrimoine historique de New York. Pour retrouver le prestige du lieu, il n’y a qu’à traverser la 8th Avenue où se dresse encore le majestueux Farley Post Office (1912), heureusement préservé, autre réalisation du cabinet qui s’était spécialisé dans les bâtiments publics.

L’assassin acquitté

Parmi les ouvrages sauvegardés des trois architectes, outre la poste centrale, on peut toujours admirer le Manhattan Municipal Building, qui inspira à Moscou le gothique stalinien des années 50, ou les imposantes bibliothèques de la Columbia University (Butler Library, Low Memorial Library) qui furent les témoins stoïques d’inoubliables manifestations contre la guerre du Vietnam.
Le talentueux Stanford White, certes, n’eut pas le temps de voir sa Penn Station terminée. Et si Harry Thaw, son assassin, fut acquitté, c’est sans doute, comme le suggère Jed Rubenfeld dansL’Interprétation des Meurtres, parce qu’aucun jury américain, en ce début de siècle, n’eût condamné un homme pour avoir tué l’amant de sa femme.

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