Le Flat Iron : repassage et courants d’air

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Installé dans un étrange parcelle en triangle, le Flat Iron building offre une ingénieuse architecture. Petit tour du propriétaire...

Le Flatiron building de haut en bas
Le Flatiron building de haut en bas. (Photo Geoffrey Wojciechowski)

Lorsqu’on adopte le plan orthogonal et son fuseau de perspectives implacables, rien de tel qu’une avenue folle, ingérable, comme l’est Broadway à New York, pour provoquer de splendides accidents architecturaux. Contrariant la tentation d’une symétrie absolue, l’ancien sentier algonquin, devenue l’artère mythique synonyme de théâtre et de comédies musicales, est, vu du ciel, une balafre sur le visage de Manhattan.
Aux Echecs, seuls les fous ne respectent pas le virage à angle droit et foncent dans le tas, créant ici, un canyon inattendu auquel on doit les plus beaux carrefours de la ville. Du Nord au Sud, mais aussi d’Ouest en Est, l’avenue permet Columbus Circle au coin de Central Park, l’incontournable Times Square, le moins célèbre Herald Square (mais tout aussi fréquenté pour être l’adresse de Macy’s ) et les angles écornés de Madison puis Union Square. Ce n’est que dans Lower Manhattan que Broadway se décide à rentrer dans le rang des perpendiculaires pour finir sa course dans la baie, à Battery Park.

Un fer à repasser…

C’est au niveau de la 23rd Street, longeant Madison Square, que Broadway, sectionnant la Fifth Avenue, découpe une parcelle en triangle. En forme de fer à repasser. Et il fallait l’ingéniosité de Daniel Burnham, architecte de l’école de Chicago, pour y construire 22 étages de ce qui sera considéré comme le premier gratte-ciel de la ville. Le Flat Iron, appelé aussi Folie Burnham à juste titre, est la proue d’un navire qui aurait fendu la moitié de l’île pour venir s’échouer au cœur de New York.
Vous l’avez vu immanquablement dans Veronica’s Closet, Spiderman ou les Experts Manhattan, mais aussi chez des amis qui l’ont encadré, en poster, à côté de celui du Brooklyn Bridge, mille fois photographié, y compris par Edward Steichen dès 1904.
Un autre photographe, Alfred Stieglitz, pour avoir à son tour admiré la silhouette monumentale de l’édifice, ira jusqu’à dire que « le Flat Iron est aux Etats-Unis ce que le Parthénon fut à la Grèce ».

…et des passantes

Achevé en 1902, comme Macy’s quelques blocs plus au Nord, l’antique skyscraper est devenu une icône aussi emblématique que l’Empire State Building ou la statue de la Liberté. Un film muet de Robert K. Bonine pour l’American Mutoscope & Biograph Company le dévoile flambant neuf au milieu de tramways, de voitures attelées et de robes Belle Epoque.
En ce début de siècle, le building était révolutionnaire à plus d’un titre. Si les rues parallèles constituent des couloirs où le vent s’engouffre aisément, la forme du Flat Iron provoquait au sol de terribles bourrasques et courants d’air très appréciés. Des hommes se pressaient aux alentours pour lorgner ce qui était habituellement couvert. Le lieu était connu pour ça. Les longues robes se soulevaient pour dévoiler les jambes des passantes. Il fallut même, paraît-il, demander à la police de disperser ces messieurs.

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