Twin Towers, les anciennes tours jumelles du World Trade Center

    Imaginées par l'architecte américano-japonais Minoru Yamasaki, les tours jumelles du World Trade Center furent pendant 30 ans les plus hautes tours de Manhattan. Retour sur la genèse d'un projet pharaonique.

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    Vue aérienne sur les Twin Towers du World Trade Center en 2001. (Photo Library of Congress)

    Les Twin Towers, le cœur de l’ancien World Trade Center

    • Dépassées aussitôt par les 443 mètres de la Willis Tower de Chicago (ex-Sears Tower), les tours jumelles du World Trade Center ne sont pas restées longtemps les plus hautes du monde. Mais pendant 30 ans, postées en proue de l’île de Manhattan, les jumelles babyloniennes semblaient incarner les colonnes d’Hercule, portes du Nouveau Monde, « Golden door » accueillant les immigrants dans la baie de New York, avec autant de portée symbolique que la statue de la Liberté.
    • C’est leur force qui leur fut fatale. Si elles ont impressionné l’imagination collective, en cette fin de siècle, réveillé l’exaltation jusqu’à l’irrationnel, avec un destin digne des pires épisodes bibliques, elles étaient d’abord le produit d’une géniale innovation qui permit de gagner de la hauteur en allégeant considérablement leur poids. Et c’est cette innovation structurelle, précisément, qui fut leur talon d’Achille.

    Un architecte fan du Corbusier

    • Minoru Yamasaki, américano-japonais, étudiant en architecture des universités de Washington et de New York, travailla d’abord dans le cabinet de Shreve, Lamb et Harmon, les concepteurs de l’Empire State Building, sans savoir qu’il rivaliserait bientôt avec ses maîtres. L’enfant de Seattle, fan inconditionnel de Mies van der Rohe et Le Corbusier, fit sa réputation avec des œuvres saluées par la critique parmi lesquelles l’aéroport de Saint Louis.
    • C’est à lui que l’on confia la tâche de revitaliser la pointe sud de Manhattan. Au beau milieu des années 60, la région New York-New Jersey déclinait comme centre de commerce et de trafic maritime au profit de Houston et de la Nouvelle Orléans. New York avait le besoin urgent d’un projet spectaculaire pour reprendre la main. Les travaux pharaoniques furent lancés dès 1966 pour s’achever en 1971.
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    Les tours jumelles et le pont de Brooklyn en 1992. (Photo Sander Lamme)

    Deux colosses aux pieds d’argile

    • Hautes de 110 étages chacune et culminant à 413 et 417 mètres, les façades avaient exigé 20 000 m² de verre pour l’ensemble, avec plus de 43 000 fenêtres plutôt étroites (56 cm de large), prises dans des fuseaux particulièrement denses de colonnes porteuses. Si le cœur d’une tour supportait, avec son réseau de communication et d’ascenseurs, 60% de la charge statique, le reste reposait sur les seules façades. Simple, efficace, économique, rapide à monter, l’ensemble était très léger pour son volume, malgré les 200 000 tonnes d’acier exigées pour l’ouvrage.
    • Les Twins étaient donc deux cages vides, capables de résister aux poussées diverses sans transférer les contraintes au centre de la structure, mais en les répartissant sur l’ensemble de l’enveloppe extérieure. L’architecture avait été prévue pour résister aux agents atmosphériques, aux tremblements de terre, comme aux chocs accidentels. On avait notamment en tête ce bombardier qui s’était écrasé contre l’Empire State Building en 1945 et cet avion qui avait percuté la tour Art Déco du 40 Wall Street l’année suivante. Malheureusement, lors des attentats du 11 septembre 2001, les tours n’ont pu résister à la chaleur dégagée par la combustion de 75 700 litres de kérosène déversées dans chacune d’elles.

    Entre confiance et conquête

    • Portes de l’Amérique et phares de New York, les tours ont inspiré le meilleur comme le pire. Leur arrogance insupportable pour les uns, leur laideur ou leur vacuité pour les autres, déchaînèrent critiques et polémiques innombrables, dès les expropriations en masse du quartier vétuste de Radio Row qui allait être rasé pour l’excavation nécessaire au chantier.
    • Leur architecte avait défendu son projet : « le World Trade Center doit devenir la vivante représentation de la foi en l’homme, en l’humanité, de son besoin de dignité individuelle, de sa confiance en la coopération et, à travers cela, de sa capacité à trouver la grandeur ». Minoru Yamasaki s’est éteint en 1986. 15 ans avant son œuvre.
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    Au pied du World Trade Center en 2000. (Photo Grandmaster E)
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    Poète et féru d'Histoire, Philippe est aussi et surtout un amoureux inconditionnel de New York. Ses chroniques vous livrent des anecdotes méconnues sur les lieux emblématiques de la Big Apple.

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