Astor, une famille en or

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Astor Place, Astor Plaza, Waldorf-Astoria, Astor on the Park ... On ne compte plus les références à la famille Astor dans Manhattan. Une dynastie de milliardaires, incarnant l'aristocratie d'argent, à l'instar des Vanderbilt ou Rockefeller, qui a marqué New York au fer rouge.

Poète et parolier, Philippe Latger se passionne pour l'Histoire et l'architecture de New York. Découvrez un extrait de son recueil de poèmes, Mes états d'Amérique, en cliquant ici. Et d'autres poèmes sur son blog http://casa-latger.over-blog.com/

John Jacob Astor, 1er du nom, a émigré de Walldorf vers les Etats-Unis en 1783, où il a fait fortune dans le commerce de la fourrure – et accessoirement de l’opium – avant d’acheter la moitié de l’île de Manhattan. Quand ce fils de boucher allemand est mort, il était l’homme le plus riche d’Amérique.
Il avait notamment eu la bonne idée d’acheter l’Eden Farm, 70 acres à l’Ouest de Broadway qui permirent à ses héritiers de construire, en 1904, l’énorme Hôtel Astor sur Times Square. Il y a aujourd’hui, entre le Paramount Building et le Marriott Marquis, une tour des Années 70 coiffée d’une couronne d’épines blanches, reconnaissable dans la skyline de New York, qui ne porte pas le nom d’Astor Plaza par hasard. Elle fut bâtie à la place du superbe édifice que l’on détruisit en 1967.
Un autre hôtel, dont l’Astor fut le digne successeur, connut le même sort bien plus tôt, en 1929, mais pour être remplacé, lui, par l’Empire State Building.

Le plus gros hôtel du monde

La demeure de Carolina Webster Schermerhorn Astor se trouvait à l’angle de la 5e Avenue et de la 34e rue. Elle partageait le bloc avec celle de son neveu, William Waldorf Astor, avec qui Miss Astor était en froid, et qui, pour la faire enrager, remplaça son manoir par un hôtel assez haut pour faire de l’ombre – littéralement – à la résidence de  » Tante Lina  » : l’hôtel Waldorf (1893)
La voisine, furieuse, déménage sur Central Park, se fait construire un véritable palais au 840 Fifth Avenue (où se trouve l’actuel temple Emanu-El), et son propre fils relève le défi en érigeant contre l’hôtel de son cousin : l’hôtel Astoria (1897).
Comprenant vite qu’ils avaient tout intérêt à se réconcilier, les rivaux ouvrirent un couloir pour réunir les deux hôtels et n’en faire qu’un, le plus gros du monde de surcroît. Ce couloir, appelé Peacock Alley (allée des paons) pour être le lieu où les élégantes de la ville venaient se pavaner, symbolisait le trait d’union qui liait désormais les deux noms.
Le monstre de Henry J. Hardenbergh, l’auteur du Dakota Building et du Plaza Hotel, fut donc démoli pour céder la place à l’Empire State building, et le Waldorf-Astoria fut reconstruit en 1931 dans un pur style Art Deco sur Park Avenue, où il demeure l’un des plus beaux hôtels de New York.

Les femmes et les enfants d’abord…

Le fils de Carolina, co-fondateur du prestigieux hôtel, fut sans doute le plus connu des John Jacob Astor. Auteur d’un roman de Science-Fiction, inventeur, mais aussi lieutenant-colonel lors de la guerre Hispano-Américaine, John Jacob Astor IV, aussi mondain que sa mère, fit scandale en épousant à 46 ans une femme qui en avait à peine 18, Madeleine Talmadge Force. Celle-ci tomba enceinte lors de leur lune de miel en Egypte.
Tenant à ce que l’enfant naisse aux Etats-Unis, le couple embarque à Cherbourg pour traverser l’Atlantique à bord d’un nouveau paquebot sensationnel : rien de moins que le Titanic. Madeleine put mettre au monde le dernier John Jacob Astor de la lignée le 14 août 1912, rescapée du naufrage, mais déjà veuve : le colonel aurait cédé sa place à un enfant. Le corps du héros fut retrouvé dans l’océan, et inhumé au cimetière de Trinity Church.

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